2008 signe le pire recul pour l’habillement en quinze ans

Les chiffres ne mentent pas : en 2008, l’horizon de l’habillement français s’est brusquement assombri. Les allées des magasins se sont vidées, les portants ont pris la poussière, et les commerçants, eux, ont appris à compter les jours sans clients.

Les dernières statistiques publiées par l’Institut Français de la Mode (IFM) sont sans appel : en mars 2008, le secteur de l’habillement a vu ses ventes plonger de 9,1 % par rapport à la même période l’année précédente. Le mois d’avril a suivi, avec une nouvelle dégringolade de 8 %. Sur les quatre premiers mois de l’année, la baisse atteint 3,5 %, soit le pire démarrage constaté depuis 1994 selon l’IFM. Pour beaucoup de professionnels, ces chiffres résonnent comme un coup de massue.

Comment expliquer ce décrochage brutal ? L’IFM avance plusieurs pistes. D’abord, une météo capricieuse qui a freiné l’écoulement des collections printemps-été. Les vestes légères et les robes colorées sont restées en rayon, faute d’un soleil suffisamment audacieux pour donner envie de renouveler sa garde-robe. Mais le principal coupable se cache ailleurs : l’inflation, revenue en force à la table des ménages. Dans son analyse, l’IFM pointe le coût croissant des produits pétroliers et alimentaires, forçant les familles à resserrer les cordons de la bourse et à trancher dans leurs dépenses.

Face à la hausse du ticket de caisse à la pompe et au supermarché, les Français ont dû faire des choix. Et trop souvent, ce sont les enseignes de prêt-à-porter qui en ont pâti. Les prix dans l’habillement restent pourtant stables, mais la priorité est ailleurs, sur le panier de courses ou la facture d’énergie. Les vêtements, eux, passent au second plan.

Pour mieux comprendre l’ampleur du phénomène, il suffit d’observer ces tendances mises en avant par l’IFM :

  • Des ventes en fort recul dès le début du printemps, un signal rarement vu depuis plus de dix ans.
  • Des arbitrages budgétaires plus stricts dans les foyers, amplifiés par la flambée des charges fixes.
  • Des prix à peine frémissants dans le secteur, mais une consommation qui s’essouffle malgré tout.

Au fil des semaines, certains commerçants ont tenté de redresser la barre avec des promotions anticipées ou des vitrines plus attractives. Mais l’essentiel du mal était fait.

Un mince espoir s’est dessiné en mai, avec des premiers retours encourageants sur la consommation de mode en France. L’amélioration reste relative, prévient l’IFM, car le rebond observé devrait à peine effacer les pertes engendrées par la tempête de mars-avril. Le secteur devra encore patienter avant de retrouver son souffle d’avant.

En 2008, l’habillement a trébuché sous le poids d’une réalité économique implacable. Reste à voir si les saisons suivantes permettront au secteur de retrouver sa place dans le vestiaire des Français ou si l’habitude de l’arbitrage budgétaire s’installera durablement. Un repli qui, pour beaucoup, résonne comme un avertissement plus large sur la fragilité de nos modes de consommation.